mercredi 30 janvier 2008

1000 Journals

Le concept est magnifiquement simple (voir lien ici-bas) : à partir de 1000 bouquins vierges distribués sur une étendue plus ou moins déterminée, les gens qui les recevront seront appelés à y intégrer un brin de créativité pour enfin donner le soi-disant journal à quelqu’un d’autre. Il s’agit d’une forme de « donnez au suivant » entre amis ou étrangers dans le but de développer une interactivité artistique particulière. Ce concept s’avère une source d’inspiration qui pourrait s’appliquer à toutes les sphères. Une façon de partager ce qui nous passionne, ce qui alimente notre appréciation de la vie. Seulement, quand on y réfléchit, cette notion de partage ne semble pas séduire autant d’« artistes » que l’on pourrait imaginer, souhaiter. Le tout me trouble quelque peu...

Est-il si difficile d’assumer ce que l’on crée?
Y a-t-il une honte à prôner être un artiste?
Existe-il une crainte à transmettre certaines notions artistiques, voire culturelles?
Est-ce que la peur réussira à éteindre toutes formes de créativité?
Qu’en devient-il de l’authenticité artistique?

http://www.youtube.com/watch?v=klnFtLGrKWU

http://www.1000journalsfilm.com/

mardi 29 janvier 2008

Une nouvelle année, un nouveau genre

Malgré mon manque d'assiduité en tant que critique au cours des derniers mois, l'art m'inspire plus que jamais. Ne pouvant ignorer les répercussions qu'a sur moi ce domaine constamment en mouvance, j'ai décidé de maximiser mes horizons.

Il va de soi que mes nouveaux projets artistiques, particulièrement ce travail de recherche sur la démocratisation des arts (dont vous m'entendrez inévitablement parler), ainsi que ma carence en consommation littéraire, musicale et cinématographique ont provoqué un bouillonnement d'opinions, de jugements, d'états (nommez-les!) que je ne pouvais conserver que pour moi-même. C'est pour cette raison que je revisite ce blog qui, ma foi, nécessite un contenu plus dynamique.

Ainsi, je délaisserai parfois le vocabulaire plus soignée de la critique pour laisser place à mes élans d'inspirations, de frustrations et de constats impulsifs sur ce qui nourrit mon quotidien : l'art. Pour ceux qui préfèrent le côté plus formel de la critique, n'ayez crainte. Des événements culturels (surtout musicaux, vous en conviendrez) sont inscrits de manière presque hebdomadaire à mon agenda pour les deux prochains mois à venir.

Il faut rester fidèle à l'essence de notre bonheur.

dimanche 9 décembre 2007

L'ère du changement

Dans le cadre de sa 36e édition, le Festival du Nouveau Cinéma (FNC) offrait une de ses programmations les plus riches et les plus diversifiées. L’événement soulignait aussi quelques premières québécoises très attendues, soient le premier long-métrage de Jean Leclerc, Ice cream, Durs à cuire de Guillaume Sylvestre ainsi que L’âge des ténèbres de Denys Arcand.

Malgré les mauvaises critiques depuis sa sortie à Cannes, le dernier film d’Arcand était présenté à guichet fermé. Dans l’assistance, l’excitation était palpable, principalement lorsque Claude Chamberlan, fondateur et directeur de la programmation du FNC, a annoncé la présence de Denys Arcand après la projection. Malheureusement, mon sentiment de satisfaction est venu uniquement au moment où la bande de film a cessé de tourner, suivi par l'entrée du principal invité.


Fonctionnaire provincial, Jean-Marc Leblanc (Marc Labrèche) est lassé de son train de vie. Mal marié, père sans autorité, employé blasé, il tente d’échapper à son quotidien en se glissant dans la peau d’un grand charmeur célèbre, souhaitant que ses aventures le mène vers la quiétude.


L’âge des ténèbres
est sans aucun doute le long-métrage le plus commercial d’Arcand. Il semble que depuis Les invasions barbares, le cinéaste ne se satisfait plus de s’inspirer d'une réalité sociale québécoise sombre, mais plutôt de surligner avec une touche caricaturale le système dans lequel cette dernière baigne.

En effet, le cinéaste fait évoluer ses protagonistes dans des endroits complètement absurdes. Du stade olympique au site de duels médiévaux, présentant des personnages tous aussi illuminés que vides, adoptant un mode de vie déconnecté de la réalité. Cette approche satirique fait grandement penser à la trilogie Elvis Gratton, particulièrement le troisième volet, de Pierre Falardeau.


Avec L’âge des ténèbres, Arcand brise les lois de la dramaturgie cinématographique et ce risque dérange considérablement le spectateur. Certaines scènes, principalement celle de l'épopée médiévale, manifestent des longueurs qui provoquent l’ennui. Aussi, un clin d'œil douteux à Tarantino pour son œuvre Kill Bill tend à déstabiliser de sorte à installer un parallèle démentiel.


La palette d’acteurs est toutefois impressionnante. Sylvie Léonard, fidèle (si ce n'est que redondante) à ses choix de casting, est efficace dans son rôle de femme de carrière frustrée, mal baisée. Pour sa part, Marc Labrèche s’avère juste, mais échoue en ce qui a trait à l’émotivité de son personnage de sorte à manifester un vide
.

Malgré tout, Arcand ne laisse pas tomber (heureusement!) le côté noir de la vie, soit la mort. Cette dernière est toujours présente et le cinéaste l’illustre avec une intensité poignante. Même si elle s’avère plus accessoire dans ce long-métrage, c’est dans les scènes où elle est éloquente, notamment à l’hôpital, que l’on retrouve avec soulagement la signature d’Arca
nd.

Ne vous méprenez pas à croire qu’il s'agit d’un troisième volet à la fameuse « suite » au Déclin de l’empire américain et aux Invasions barbares. Bien que le cinéaste ait un faible pour les époques historiques, L’âge des ténèbres reste simplement familier dans l’inspiration générale du récit
.

Avec L’âge des ténèbres, Arcand montre que même la dépression provoque le fantasme et le rêve. Une chose est sûre, réaliser ces derniers et se faire plaisir ne fait pas toujours le bonheur du public.

dimanche 2 décembre 2007

Besoin d'amour

The Beatles a toujours exercé un pouvoir d’influence considérable dans la musique. Au cours des dernières années, l’œuvre du groupe culte britannique a non seulement inspiré le monde du cirque (LOVE), mais particulièrement le cinéma. Après l’émouvant I am Sam, c’est Across the Universe qui présente une trame narrative entièrement construite à partir des chansons des Beatles, mettant en vedette les personnages célèbres de ces dernières, évoluant dans une atmosphère qui leur sont propre : le romantisme psychédélique.

Jude (Jim Sturgess) quitte Liverpool pour aller retrouver son père aux États-Unis. Il fait ainsi la rencontre de Max (Joe Anderson), un jeune bourgeois rebelle. Accompagnés de la sœur de ce dernier, Lucy (Evan Rachel Wood), les deux jeunes hommes quittent la banlieue pour partir à New York afin de vivre un quotidien libertin, sans limites, propre à la réalité du mouvement hippie des années 60. Alors que le pays est en guerre au Vietnam, Max est appelé à joindre les rangs du peloton. Submergés par l’amour, l’art et le militantisme pour la paix, ses jeunes aveuglés par la passion se trouveront soudainement atteints par la rupture.


La comédie musicale de Julie Taymor transporte agréablement le spectateur dans un univers rêveur, là où limite est synonyme de réalité. La direction photo ainsi que la direction artistique des scènes chorégraphiques sont dignes d’un trip d’acide coloré mais surtout, transcendant. Chaque chanson est exploitée dans toute sa beauté lyrique dévoilant peu à peu la vulnérabilité des personnages. La performance de Strawberry fields forever, criante de désespoir, est intensément renversante alors que Jude se trouve à la fois blessé et soudainement envahi par la haine.


C’est toutefois I am the Walrus, interprété par un Bono illuminé, qui signe un moment culte dans le psychédélisme narratif. La séquence de nudité sous l’eau marque également un moment de pur romantisme, voire virginal.

Même si quelques scènes peuvent sembler discordantes les unes par rapport aux autres, ces dernières révèlent tout le caractère expérimental et poétique du film. Malgré tout, certaines longueurs s’imposent. Bien que les images réussissent à séduire le public, le montage faut en ce qui a trait à la concision.

Les acteurs, parfois justes, parfois maladroits, font preuve d’une fragilité charismatique, comme le font souvent ces jeunes artistes « découverte » sortis directement de l’underground des arts de la scène.

Across the Universe
s’avère inévitablement la meilleure comédie musicale depuis Moulin Rouge. Le long-métrage nous plonge dans un univers où l’on tombe amoureux de la vie, amoureux de la musique; une réalité qui prend fin là où l’on ferme les yeux.

Reste
à trouver notre Jude ou notre Lucy, puisque « love is all we need ».

lundi 8 octobre 2007

Il était encore une fois…

Depuis 2002, notamment avec la sortie de Québec-Montréal, les artisans de l’industrie du film éprouvent une gourmandise pour les scénarios construits autour de protagonistes masculins lâches et insouciants, constamment en quête d’une concrétisation de leurs fantasmes. Le premier long-métrage de Patrick Huard, Les 3 p’tits cochons, ne fait pas exception à la formule. Traitant particulièrement de l’infidélité conjugale, le réalisateur dresse le portrait de trois frères piégés par leur vulnérabilité. Un récit au cours duquel la référence métaphorique d’un conte pour enfants se révèle efficacement subtile.

Victime d’un traumatisme émotif provoquant un coma, une mère (France Castel) réunit ses trois fils, Mathieu (Claude Legault), Christian (Guillaume Lemay-Thivierge) et Rémi (Paul Doucet), au pied de son chevet. Ces derniers, angoissés par leurs relations de couple sexuellement perturbées, tentent, chacun à leur façon, de régler le supplice conjugal qui les habite, en discutant du bien-être que leur procure l’infidélité. Se prétendant presque innocents dans leurs actes et propos, les trois frères vivront un plaisir éphémère qui se tournera rapidement contre eux, et ce, sans exception.


Dirigée par une narration qui distrait, la comédie dramatique expose les trois protagonistes évoluant dans des milieux de vie distinctifs, lesquels sont présentés gratuitement au début du film. Malgré une cinématographie qui ne se démarque pas, Les 3 p’tits cochons réussit à intégrer un dynamisme avec son rythme narratif décousu, à partir duquel certaines scènes sont montées de manière fluide, en ne respectant pas l’ordre chronologique des événements.


Utilisant un rapport abusif de sous-exposition/surexposition de la lumière afin de marquer le sentiment de tension relatif à l’épanouissement du personnage de Mathieu, Bernard Couture, directeur photo, exploite maladroitement son intention. Il réussit cependant à créer une ambiance froide avec des couleurs verdâtres qui expriment bien l’atmosphère du mensonge qui règne dans le film.


C’est toutefois la performance saisissante des comédiens qui fait toute la richesse de ce long-métrage. Claude Legault, fidèle à lui-même, fait preuve d’une vulnérabilité séduisante. La chimie entre lui et Guillaume Lemay-Thivierge, lequel joue avec une naïveté spontanément comique, se révèle à la fois cocasse et intrigante. Le couple formé par Mathieu et Geneviève (Isabel Richer), émotionnellement fragile, est si bien exploité qu’il échappe, malgré la morale traitée à maintes reprises, au discours vide de sens pour faire place à une sensibilité touchante.


Le fil conducteur du récit reste avant tout l’analogie au conte pour enfants. Cette dernière, relevée avec brio, soulève des références aussi directes que subtiles. Du statut social des trois frères au fait que les deux « sans-abris » se réfugient sous le toit de celui qui semble plus solide, rien n’est oublié dans le scénario de Pierre Lamothe et Claude Lalonde. Même la lecture du conte en soi ainsi qu’un court extrait de la chanson de Dan Bigras exécutés par le personnage de Mathieu sont présents.

Après le portrait du père absent ainsi que celui de l’homme trentenaire ayant peur de l’engagement, le cinéma québécois se lance une fois de plus dans l’abus d’un courant social de notre culture. Il faut croire que la stabilité représente la zone de confort souhaitée par la majorité des gens, sans toutefois épargner l’option de sauter la clôture…

vendredi 10 août 2007

L’univers planant de Patrick Watson

Malgré la programmation « vedette » de la Fête du lac des Nations cette année, quelques artistes de la scène underground ont brillé par leur présence authentique. Parmi cette rare sélection, le talentueux montréalais Patrick Watson a livré une prestation enivrante lors de son spectacle le 12 juillet dernier.


C’est un jeune homme d’une simplicité charismatique qui s’est présenté sur la scène Molson Dry. Prenant place derrière ses claviers, Watson a mené d’assaut la direction musicale avec ses trois musiciens, tous aussi submergés par les sonorités transcendantes produites d’eux-mêmes et des autres.

À première vue, l’énergie de Patrick Watson est un clin d’œil direct au prodigieux Chris Martin, leader du groupe Coldplay. La ressemblance devient d’autant plus notable lorsqu’il marie sa voix avec l’ensemble musical. Les faisceaux de lumière verdâtre font également sourire, puisqu’ils rappellent inévitablement le vidéoclip Clocks. L’image référentielle se rompt toutefois après quelques pièces, alors que Watson et sa bande adoptent des tonalités beaucoup plus expérimentales que celles des artistes auxquels ils sont associés.

Le groupe se définit brillamment dans sa polyvalence instrumentale. Watson et ses musiciens ne cessent de surprendre avec leur manipulation d’objets, manifestement absurdes au premier coup d’œil, dans le but d’amplifier la portée d’un son. Pour le guitariste, c’est en dégonflant un ballon et en glissant une lame de rasoir sur les cordes. Pour le percussionniste, c’est une scie et un autre bidule qui semble avoir été fabriqué par l’un d’eux. En ce qui concerne Watson, c’est une pédale qui modifie l’écho de sa voix.

Il va sans dire que Patrick Watson est considéré davantage comme un groupe que comme un artiste solo. La chimie entre le leader et ses musiciens baigne dans une profondeur où chacun se réfugie dans son univers respectif, vivant ainsi la transe musicale à leur façon. Liés par une sonorité commune, les membres du groupe ne nécessitent pas même un hochement de tête pour communiquer. Ils se font intuitivement guider par les sons de leurs instruments.

Malgré cet esprit de communion présent sur scène, Patrick Watson ne fait guère preuve d’ignorance avec son public. Entre les chansons, il lance quelques gags plus ou moins compréhensibles à cause d’un français qu’il ne maîtrise pas totalement. Toutefois, le petit rire espiègle qui les accompagne fait sourire à tous coups.

Une scène extérieure n’est cependant pas l’endroit le plus favorable pour l’ambiance intime qu’impose la musique de Patrick Watson. La qualité du son finissait par se perdre dans le néant au lieu de résonner. De plus, la clarté du jour brisait l’atmosphère musicale.

Cette intimité, Watson l’a merveilleusement reproduit lors de sa dernière prestation. Debout sur le piédestal de la foule, l’artiste a chanté a capella, les mains placées de chaque côté de sa bouche afin de projeter sa voix le plus loin possible. Le public a étonnamment instauré un silence attentionné.

Même si Patrick Watson est familier avec les petites salles, l’espace étendue devant laquelle il s’est présenté ne l’a pas empêché de transporter son public avec ses mélodies planantes.

mardi 10 juillet 2007

Si vous croyez en une cause…

La nouvelle maison de disques sherbrookoise 9.12 Records lançait au printemps dernier la complication If you believe, une trame sonore possédant à la fois de bonnes intentions sociales et politiques, en présentant malheureusement son répertoire musical comme élément d’arrière-plan.

If you believe compilation vol.1 rassemble des artistes locaux et internationaux aux racines folkloriques contemporaines. La sélection des seize pièces de la trame sonore demeure douteuse. Le répertoire échappe à une efficacité musicale dans le sens où l’harmonie des chansons repose sur une monotonie qui frôle l’affaissement. De plus, la simplicité des ballades est fastidieuse à un point d’imposer un univers qui a tendance à sombrer peu à peu dans la mélancolie.

Malgré la redondance musicale de la compilation, quelques pièces sont orchestrées de manière envoûtante. L’ambiance instrumentale de Think over, interprétée par Apjiw, relève d’un enchantement expérimental nettement réussi. C’est toutefois l’œuvre de January, Fallen, qui charme avec une vulnérabilité vocale subjuguée par la douceur.

L’aspect « nouvel âge » de If you believe trahit l’accessibilité ainsi que la qualité commerciale de son répertoire. La trame sonore ambiante s’avère idéale pour les salons de soins esthétiques. Mention spéciale toutefois : pour chaque copie vendue, 9.12 Records versera 1,00 $ à War Child Canada.

Si vous tenez à militer pour la cause… et non pour la musique.