lundi 8 octobre 2007

Il était encore une fois…

Depuis 2002, notamment avec la sortie de Québec-Montréal, les artisans de l’industrie du film éprouvent une gourmandise pour les scénarios construits autour de protagonistes masculins lâches et insouciants, constamment en quête d’une concrétisation de leurs fantasmes. Le premier long-métrage de Patrick Huard, Les 3 p’tits cochons, ne fait pas exception à la formule. Traitant particulièrement de l’infidélité conjugale, le réalisateur dresse le portrait de trois frères piégés par leur vulnérabilité. Un récit au cours duquel la référence métaphorique d’un conte pour enfants se révèle efficacement subtile.

Victime d’un traumatisme émotif provoquant un coma, une mère (France Castel) réunit ses trois fils, Mathieu (Claude Legault), Christian (Guillaume Lemay-Thivierge) et Rémi (Paul Doucet), au pied de son chevet. Ces derniers, angoissés par leurs relations de couple sexuellement perturbées, tentent, chacun à leur façon, de régler le supplice conjugal qui les habite, en discutant du bien-être que leur procure l’infidélité. Se prétendant presque innocents dans leurs actes et propos, les trois frères vivront un plaisir éphémère qui se tournera rapidement contre eux, et ce, sans exception.


Dirigée par une narration qui distrait, la comédie dramatique expose les trois protagonistes évoluant dans des milieux de vie distinctifs, lesquels sont présentés gratuitement au début du film. Malgré une cinématographie qui ne se démarque pas, Les 3 p’tits cochons réussit à intégrer un dynamisme avec son rythme narratif décousu, à partir duquel certaines scènes sont montées de manière fluide, en ne respectant pas l’ordre chronologique des événements.


Utilisant un rapport abusif de sous-exposition/surexposition de la lumière afin de marquer le sentiment de tension relatif à l’épanouissement du personnage de Mathieu, Bernard Couture, directeur photo, exploite maladroitement son intention. Il réussit cependant à créer une ambiance froide avec des couleurs verdâtres qui expriment bien l’atmosphère du mensonge qui règne dans le film.


C’est toutefois la performance saisissante des comédiens qui fait toute la richesse de ce long-métrage. Claude Legault, fidèle à lui-même, fait preuve d’une vulnérabilité séduisante. La chimie entre lui et Guillaume Lemay-Thivierge, lequel joue avec une naïveté spontanément comique, se révèle à la fois cocasse et intrigante. Le couple formé par Mathieu et Geneviève (Isabel Richer), émotionnellement fragile, est si bien exploité qu’il échappe, malgré la morale traitée à maintes reprises, au discours vide de sens pour faire place à une sensibilité touchante.


Le fil conducteur du récit reste avant tout l’analogie au conte pour enfants. Cette dernière, relevée avec brio, soulève des références aussi directes que subtiles. Du statut social des trois frères au fait que les deux « sans-abris » se réfugient sous le toit de celui qui semble plus solide, rien n’est oublié dans le scénario de Pierre Lamothe et Claude Lalonde. Même la lecture du conte en soi ainsi qu’un court extrait de la chanson de Dan Bigras exécutés par le personnage de Mathieu sont présents.

Après le portrait du père absent ainsi que celui de l’homme trentenaire ayant peur de l’engagement, le cinéma québécois se lance une fois de plus dans l’abus d’un courant social de notre culture. Il faut croire que la stabilité représente la zone de confort souhaitée par la majorité des gens, sans toutefois épargner l’option de sauter la clôture…

vendredi 10 août 2007

L’univers planant de Patrick Watson

Malgré la programmation « vedette » de la Fête du lac des Nations cette année, quelques artistes de la scène underground ont brillé par leur présence authentique. Parmi cette rare sélection, le talentueux montréalais Patrick Watson a livré une prestation enivrante lors de son spectacle le 12 juillet dernier.


C’est un jeune homme d’une simplicité charismatique qui s’est présenté sur la scène Molson Dry. Prenant place derrière ses claviers, Watson a mené d’assaut la direction musicale avec ses trois musiciens, tous aussi submergés par les sonorités transcendantes produites d’eux-mêmes et des autres.

À première vue, l’énergie de Patrick Watson est un clin d’œil direct au prodigieux Chris Martin, leader du groupe Coldplay. La ressemblance devient d’autant plus notable lorsqu’il marie sa voix avec l’ensemble musical. Les faisceaux de lumière verdâtre font également sourire, puisqu’ils rappellent inévitablement le vidéoclip Clocks. L’image référentielle se rompt toutefois après quelques pièces, alors que Watson et sa bande adoptent des tonalités beaucoup plus expérimentales que celles des artistes auxquels ils sont associés.

Le groupe se définit brillamment dans sa polyvalence instrumentale. Watson et ses musiciens ne cessent de surprendre avec leur manipulation d’objets, manifestement absurdes au premier coup d’œil, dans le but d’amplifier la portée d’un son. Pour le guitariste, c’est en dégonflant un ballon et en glissant une lame de rasoir sur les cordes. Pour le percussionniste, c’est une scie et un autre bidule qui semble avoir été fabriqué par l’un d’eux. En ce qui concerne Watson, c’est une pédale qui modifie l’écho de sa voix.

Il va sans dire que Patrick Watson est considéré davantage comme un groupe que comme un artiste solo. La chimie entre le leader et ses musiciens baigne dans une profondeur où chacun se réfugie dans son univers respectif, vivant ainsi la transe musicale à leur façon. Liés par une sonorité commune, les membres du groupe ne nécessitent pas même un hochement de tête pour communiquer. Ils se font intuitivement guider par les sons de leurs instruments.

Malgré cet esprit de communion présent sur scène, Patrick Watson ne fait guère preuve d’ignorance avec son public. Entre les chansons, il lance quelques gags plus ou moins compréhensibles à cause d’un français qu’il ne maîtrise pas totalement. Toutefois, le petit rire espiègle qui les accompagne fait sourire à tous coups.

Une scène extérieure n’est cependant pas l’endroit le plus favorable pour l’ambiance intime qu’impose la musique de Patrick Watson. La qualité du son finissait par se perdre dans le néant au lieu de résonner. De plus, la clarté du jour brisait l’atmosphère musicale.

Cette intimité, Watson l’a merveilleusement reproduit lors de sa dernière prestation. Debout sur le piédestal de la foule, l’artiste a chanté a capella, les mains placées de chaque côté de sa bouche afin de projeter sa voix le plus loin possible. Le public a étonnamment instauré un silence attentionné.

Même si Patrick Watson est familier avec les petites salles, l’espace étendue devant laquelle il s’est présenté ne l’a pas empêché de transporter son public avec ses mélodies planantes.

mardi 10 juillet 2007

Si vous croyez en une cause…

La nouvelle maison de disques sherbrookoise 9.12 Records lançait au printemps dernier la complication If you believe, une trame sonore possédant à la fois de bonnes intentions sociales et politiques, en présentant malheureusement son répertoire musical comme élément d’arrière-plan.

If you believe compilation vol.1 rassemble des artistes locaux et internationaux aux racines folkloriques contemporaines. La sélection des seize pièces de la trame sonore demeure douteuse. Le répertoire échappe à une efficacité musicale dans le sens où l’harmonie des chansons repose sur une monotonie qui frôle l’affaissement. De plus, la simplicité des ballades est fastidieuse à un point d’imposer un univers qui a tendance à sombrer peu à peu dans la mélancolie.

Malgré la redondance musicale de la compilation, quelques pièces sont orchestrées de manière envoûtante. L’ambiance instrumentale de Think over, interprétée par Apjiw, relève d’un enchantement expérimental nettement réussi. C’est toutefois l’œuvre de January, Fallen, qui charme avec une vulnérabilité vocale subjuguée par la douceur.

L’aspect « nouvel âge » de If you believe trahit l’accessibilité ainsi que la qualité commerciale de son répertoire. La trame sonore ambiante s’avère idéale pour les salons de soins esthétiques. Mention spéciale toutefois : pour chaque copie vendue, 9.12 Records versera 1,00 $ à War Child Canada.

Si vous tenez à militer pour la cause… et non pour la musique.

Un album qui ne singe sur personne

À peine un an après le succès de leur premier opus Whatever people say I am, that’s what I’m not, les nouveaux enfants chéris de la scène musicale britannique, Arctic Monkeys, reviennent avec Favorite worst nightmare, un album qui exige une écoute rigoureuse afin d’apprécier le progrès musical du groupe.

La trame sonore est introduite par une cadence percussionniste bruyamment calculée. Même s’il paraît très semblable au son révélateur qu’avait été produit sur Whatever people say I am, that’s what I’m not, le rythme est accrocheur. Cette similitude agace lors des premières écoutes pour enfin faire réaliser qu’il s’agit de la griffe musicale du groupe.

En effet, Arctic Monkeys se révèle beaucoup plus mature sur ce nouvel opus, et ce, autant en ce qui concerne le lyrisme des textes que l’harmonie musicale. If you were there, beware impose un son assuré opposant l’aspect « garage » maladroit qui se trouvait révélateur et séduisant sur le précédant album.

Outre l’effort nécessaire pour apprécier le nouvel effort d’Arctic Monkeys, Favorite worst nightmare livre un répertoire plus posé. La sonorité plus pop laisse toutefois croire que la notoriété britannique du groupe ne lui suffit plus. Il reste à espérer que la soif du succès ne noie pas Arctic Monkeys dans des ballades vides et faciles.


jeudi 31 mai 2007

Oui, je le veux

Chaque fillette rêve, anticipe et planifie avec impatience et fantaisie le plus beau jour de sa vie : son mariage. Pour moi, la célébration eut lieu le 12 mai dernier, le concert d’Arcade Fire.

Faut croire que la troisième fois est toujours la bonne. Après avoir fait partie des malheureux à ne pas être en mesure de se procurer des billets au Théâtre St-Denis ainsi qu’à l’Ukranian Federation, je me suis retrouvée parmi les fortunés présents à l’Aréna Maurice-Richard.

Dans la salle, l’énergie était fébrile. Après la performance quelque peu douteuse du groupe invité, l’assistance patientait avec impétuosité les premières notes de la cérémonie. L’instant même où les douze apôtres ont fait leur entrée, les fidèles ont soudainement été possédés par les mélodies.

Le répertoire était parfaitement calculé. L’équilibre entre les chansons sélectionnées de Funeral et Neon Bible fut bien orchestré. Chaque pièce provoquait une ascension énergique sublime. La dernière partie musicale fut transcendante : Neighborhood #1 (Tunnels) a précédé Rebellion (Lies) puis Neighborhood #3 (Power Out).

La beauté du spectacle rayonnait toutefois autour de la présence angélique de Régine Chassagne. Son leadership relevait d’une subtilité théâtrale.

Pour conclure l’alliance musicale, le groupe répondit aux prières de son public et proclama les paroles soutenues par l’ensemble musical divin de Wake Up. À la sortie des lieux, la mélodie resta imprégnée au fond de chacun et l’on continuait à répandre de manière contagieuse les célestes « OoOoOh…».

lundi 21 mai 2007

La mauvaise odeur d’un best seller

Après avoir visionné la bande-annonce du film Perfum : The Story of a Murderer, je me suis tout de suite procurée le roman, me fiant au dicton affirmant que le livre est toujours plus captivant que le film. Faut croire qu’il s’agit définitivement d’une simple rumeur…

Le Parfum
décrit la vie de Jean-Baptiste Grenouille, un enfant bâtard, délaissé à la naissance par sa mère, dans les ordures de Paris. Au fil de son enfance, vagabondant de foyer en foyer, Grenouille prend conscience de son don inné : la perfection de son sens olfactif. Ainsi, il apprend à développer son talent de parfumeur pour créer le meilleur parfum, celui qui ensevelira tout sur son passage.


La faiblesse du roman de Patrick Süskind réside principalement dans la temporalité. L’auteur impose au lecteur l’évolution entière du protagoniste, soit celle d’une vie. Ainsi, des longueurs s’imposent et le lecteur attend avec impatience la troisième partie du récit, celle où l’on découvre véritablement LE personnage.


De plus, chaque personnage est introduit avec des descriptions interminables chargées de détails dont il aurait été préférable de supprimer. Cette redondance concerne principalement la conclusion des portraits de ces personnages : Süskind les peint jusqu’à leur mort. Ce dernier a également tendance à émettre les commentaires personnels du narrateur ou une remémoration des faits entre parenthèses : éléments qui brisent définitivement le rythme.


Malgré le fait que l’action se déroule au XVIIIe siècle, la critique sociale dernière le récit s’avère intemporelle. Des thèmes tels la valorisation matérielle, le pouvoir, l’acquisition affective ainsi que la jalousie sont transposés de manière subtile et poétique. De plus, les multiples descriptions du sens olfactif de Grenouille relèvent d’une beauté extrêmement simple.


Le Parfum
représente le genre de roman accessible qui ne demande aucun degré supérieur de réflexion. Faut croire la qualité d’une œuvre littéraire ne doit pas être jugée selon son nombre de copies vendues… ou je ne fais tout simplement pas partie du public cible de la littérature commerciale.

dimanche 29 avril 2007

Rencontre intimiste, portrait inédit : Karkwa

Ce fut avec une humeur lourde d’épuisement que j’ai rejoint une assistance zen et intime, prête pour la performance de Karkwa, sous le toit du Téléphone Rouge, bar-spectacle situé sur la rue Wellington, à Sherbrooke.

J’entre dans le Téléphone Rouge, je prends place au coin gauche du comptoir, je lève la tête en direction de ma diagonale, vers la droite, Louis-Jean Cormier patiente, le temps de se commander un scotch.


Après un bon moment, il se rend sur la petite scène, s’assoit sous la douche lumineuse blanche, dans l’atmosphère rouge, et gratte quelques accords silencieux avec sa guitare acoustique. Le tout se déroule au cours des trois minutes et poussières de Float on de Modest Mouse. Le deuxième degré de la situation me bouleverse quelque peu.


Une heure plus tard, soit avec une heure de retard (quoi que le public en avait rien à foutre!), une fois la partie de babyfoot terminée, Cormier et ses acolytes se présentent sur la scène pour nous livrer une prestation puissante de La fuite. Ensuite, La marche nous transporte avec un clavier qui ensorcelle non seulement les adeptes musicaux présents, mais ses complices instrumentaux qui lui partagent la scène.


À la suite d’à peine six pièces, le groupe demande une pause : le temps d’un scotch.


Puis, ce fut un nouveau départ. La foule commençait à être bien chaude. Karkwa a fait la primeur de trois nouvelles chansons, des pièces beaucoup plus rock que celles offertes par la majorité de son répertoire musical.


Pour ce qui est du reste, je baigne dans la pureté sonore que produit les mélodies. Je vois à peine les musiciens en transe sur la scène. Peu importe, les textes souvent l’emportent. Je tends le regard vers la personne qui partage ma droite : un jeune homme à la coupe longueuil pré-pubère. Un sourire se dessine timidement sur mes lèvres.


En grande finale, Le coup d’état : la disjonction du clavier reprend de plus bel, cette fois-ci, en harmonie avec les guitares.


Après un rappel de deux pièces, le groupe rejoint son public, le buzz se dissipe légèrement, le temps de s’emparer de son manteau, de passer la sortie, d’échanger quelques brefs propos avec le claviériste, pour enfin se rendre à l’auto…