Aucun message portant le libellé Critique littéraire. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Critique littéraire. Afficher tous les messages

lundi 16 juin 2008

La spiritualité artistique

Le célèbre cinéaste américain David Lynch a publié il y a un peu plus d'un an Catching the big fish, un essai sur son processus créatif, un processus basé principalement sur la méditation.

Je ne ferai pas de critique, puisqu'il s'agit d'un livre plutôt délicat à commenter. Toutefois, je me permettrai de dire qu'il s'agit d'un ouvrage essentiel pour ceux qui ont non seulement besoin de se recentrer spirituellement, mais surtout pour ceux qui ont besoin de raviver leur créativité.

Voici quelques citations qui m'ont particuli
èrement inspiré :
« The world is as you are »
« True happiness lies within »
« Intuition is seeing the solution - seeing it, knowing it. It's emotion and intellect going together »
« If you do what you believe in and have a failure, that's one thing: you can still live with yourself. But if you don't, it's like dying twice. »
« But sunlight, for instance, doesn't get rid of negativity. It gets rid of dakness, but not negativity. Don't fight the darkness. Turn on the light and the darkness goes. Turn up that light of pure consciousness: Negativity goes. »

vendredi 30 mai 2008

La vie en rose

Marie Darrieussecq est reconnue pour ses histoires perturbantes. Truismes n'y fait pas exception. Le roman zoologique aux tendances fantastiques représente une littérature troublante derrière laquelle se cache une métaphore sociale importante.

Une jeune femme qui possède un physique éblouissant vit le parfait bonheur : elle est la compagne d'un bel homme aisé et
respectueux, elle travaille dans une parfumerie où elle connaît un succès phénoménal, elle est enviée par ses amies et collègues et la gente masculine la convoite avec excès. Ce conte de fée prend graduellement fin alors que, après avoir offert ses services à un marabout africain, elle se trouve à gagner démesurément du poids, pour enfin voir son corps se transformer étrangement sous l'apparence d'une truie. Au cours de cette métamorphose, la narratrice traversera une période de dégradation qui la mènera peu à peu à l'abattoir.

Il est intéressant de voir à quel point l'auteure maîtrise bien son personnage principal. Par le biais de la naïveté et du caractère inculte de la jeune femme, Darrieussecq adopte un style d'écriture rudimentaire. Ainsi, le lecteur ressent davantage les états d'âme de la narratrice.

L'aspect zoologique dans le roman est inquiétant. Il déstabilise le lecteur par l'étrange psychose que développe graduellement le protagoniste. Se présentant d'abord comme une beauté resplendissante et raffinée, puis comme un « être » flasque, lâche et pathétique, la narratrice amène le lecteur à réfléchir sur la bestialité du genre humain, une bestialité au sens d'insolence envers autrui.

Ainsi, avec sa nouvelle apparence physique, la jeune femme se fait maltraiter par l'homme à un point tel qu'elle préfère se vautrer dans les égouts et fourniquer avec d'autres de ses « semblables » dans les bois.

Darrieussecq aurait-elle une vision trop brutale de la société? Sa critique fait malgré tout réfléchir sur l'indifférence qui nous habite, une indifférence qui est telle qu'une qualité de vie à la porcherie.

lundi 21 mai 2007

La mauvaise odeur d’un best seller

Après avoir visionné la bande-annonce du film Perfum : The Story of a Murderer, je me suis tout de suite procurée le roman, me fiant au dicton affirmant que le livre est toujours plus captivant que le film. Faut croire qu’il s’agit définitivement d’une simple rumeur…

Le Parfum
décrit la vie de Jean-Baptiste Grenouille, un enfant bâtard, délaissé à la naissance par sa mère, dans les ordures de Paris. Au fil de son enfance, vagabondant de foyer en foyer, Grenouille prend conscience de son don inné : la perfection de son sens olfactif. Ainsi, il apprend à développer son talent de parfumeur pour créer le meilleur parfum, celui qui ensevelira tout sur son passage.


La faiblesse du roman de Patrick Süskind réside principalement dans la temporalité. L’auteur impose au lecteur l’évolution entière du protagoniste, soit celle d’une vie. Ainsi, des longueurs s’imposent et le lecteur attend avec impatience la troisième partie du récit, celle où l’on découvre véritablement LE personnage.


De plus, chaque personnage est introduit avec des descriptions interminables chargées de détails dont il aurait été préférable de supprimer. Cette redondance concerne principalement la conclusion des portraits de ces personnages : Süskind les peint jusqu’à leur mort. Ce dernier a également tendance à émettre les commentaires personnels du narrateur ou une remémoration des faits entre parenthèses : éléments qui brisent définitivement le rythme.


Malgré le fait que l’action se déroule au XVIIIe siècle, la critique sociale dernière le récit s’avère intemporelle. Des thèmes tels la valorisation matérielle, le pouvoir, l’acquisition affective ainsi que la jalousie sont transposés de manière subtile et poétique. De plus, les multiples descriptions du sens olfactif de Grenouille relèvent d’une beauté extrêmement simple.


Le Parfum
représente le genre de roman accessible qui ne demande aucun degré supérieur de réflexion. Faut croire la qualité d’une œuvre littéraire ne doit pas être jugée selon son nombre de copies vendues… ou je ne fais tout simplement pas partie du public cible de la littérature commerciale.

mercredi 14 mars 2007

Une torture pianistique

L’écrivaine allemande Elfriede Jelinek est reconnue pour sa plume crue et poétique. Son premier roman traduit de l’allemand au français, La Pianiste, n’est pas une exception. Considérée comme une œuvre semi-biographique, il s’agit d’une littérature exemplaire en ce qui a trait à la romance de l’autoportrait.

Jelinek livre l’existence troublée d’une pianiste de 36 ans, Erica Kohut, vivant toujours sous le toit maternel. Cette dernière se procure des vêtements griffés, fréquente régulièrement les peep-shows et espionne les fornications des amants du Prater pour ainsi échapper à l’emprise de sa vieille mère. C’est auprès d’un de ses apprentis, au Conservatoire de Vienne, que l’honorable professeur de piano tentera d’échapper à ses pulsions sexuelles incontrôlables. Tombée sous le charme du séduisant et talentueux Walter Klemmer, Erica perdra toute maîtrise d’elle-même pour enfin atteindre une rébellion dérangeante, voire masochiste.

La Pianiste est un roman dans lequel le lyrisme orchestre avec finesse le parallèle du courant classique de la musique vénéré par Schubert et le désir sexuel abject de Kohut. Ces métaphores nous livrent non seulement des exposés fascinants sur un domaine préjugé, mais nous déstabilisent dans la présentation de la déviance mentale du professeur de piano.

La psychologie des personnages, principalement la mère Kohut ainsi que sa fille, est si bien recherchée que Jelinek nous fait subir l’univers dérangeant dans lequel ils sont victimes, des victimes doloristes. Le portrait brossé de l’appartement des deux femmes est remarquable au point de créer une atmosphère franchement troublante.

Les descriptions évoquant l’enfance d’Erica, citées au début du roman, s’avèrent toutefois épuisement interminables. Elles n’aident aucunement à la progression du récit et ne font que diminuer considérablement l’intérêt et l’attention du lecteur.

Malgré la douceur lyrique de son écriture, Elfriede Jelinek est une auteure exigeante envers son lecteur. Son authenticité littéraire demande beaucoup de concentration. Elle rejoint ainsi un public indifférent au caractère passif de la détente, prenant plaisir à la torture cérébrale.

jeudi 22 février 2007

L’art de vivre

Siri Hustvedt a longtemps vécu dans l’ombre de son époux, le célèbre auteur Paul Auster. Son quatrième roman, Tout ce que j’aimais, devrait la dissocier de l’image de son autre moitié, pour enfin réclamer une notoriété qui lui est propre.

Développé sur une trentaine d’années, soit de 1970 à 2000, le récit met en scène Leo, un professeur d’histoire de l’art, sa femme Erica, un professeur d’anglais, Bill, un artiste peintre ainsi que Violet, une écrivaine, à la fois muse et compagne de ce dernier. Habitant dans un quartier huppé de New York, les deux couples d’artistes évoluent à travers leurs passions, le succès, l’art d’être parent, le deuil, le désir, le mensonge ainsi que la vieillesse.

Tout ce que j’aimais évoque le cycle d’une vie dont le fondement repose essentiellement sur un protagoniste plus ou moins métaphorique : l’art. En effet, l’histoire suit son cours en parallèle à l’évolution de l’œuvre du personnage de Bill. Le décès de ce dernier repr
ésente un pilier fondamental alors que le rythme du récit est drastiquement brisé et que la psychologie des personnages se trouve déstabilisée.

Il s’agit d’un lourd roman au cours duquel d’élégantes descriptions et mises en situation nous donnent l’impression de mener vers le néant, outre nourrir notre amour pour l’histoire de l’art. C’est au moment de la perte du petit Matthew, le fils de Leo et d’Erica, que l’on réalise la subtilité ainsi que la finesse de l’écriture d’Hustvedt; à quel point le déroulement des péripéties est brillamment orchestré.

Les portraits qu’elle dresse sont d’une importante complexité. La recherche et l’analyse susceptibles à la conception de l’œuvre reflètent un travail extrêmement pointu. L’auteure réussit à créer un environnement social si près de la perfection que l’on baigne constamment dans l’angoisse de chacun de ses acteurs, et ce, jusqu'à la 453e page.

Le roman d’Hustvedt laisse également beaucoup de place au lecteur. Les tableaux que l’écrivaine peint de l’état des personnages nous portent à réfléchir sur des thèmes traversés par le narrateur, Leo, soient de l’amitié à l’envie, puis de la perte à la trahison pour enfin accéder à l’espoir.

Tout ce que j’aimais parvient, à travers le portrait d’un être à la fois solitaire et généreux, à nous faire reconsidérer notre art d’aimer, notre art de vivre.