vendredi 7 mars 2008

La disparition d'une muse

L'inspiration s'est volatilisée. Par le fait même, elle a emporté la motivation. Je n'arrive à rien. Un deadline important approche. Il m'effraie. Malgré la concrétisation de projets grandement méritée, un vide tente d'imposer sa présence. Je le déteste. J'ai peine à lui échapper.

Par cette journée où le soleil dégage une puissance illuminée, je me suis dit qu'en allant faire une promenade il pourrait me partager sa force. Je me suis rendue au marché. Je suis revenue lassée. Étant donné que le printemps cogne à la porte, j'ai enfilé mes bottes vertes, celles qui me font gambader. J'ai fini par me traîner les pieds.

Que veut-elle prouver en disparaissant subitement?
L'impulsivité ne fait pourtant pas partie de sa personnalité. Quelques fois j'ai l'impression que je devrais arrêter de jongler aisément avec le rêve et la réalité. Est-ce qu'agir signifie cesser de rêver? Peut-être a-t-elle favorisé un univers qui m'a échappé? Un univers où elle se trouve davantage à son aise, où sa tâche demande moins d'efforts. Je hais le confort. Serait-ce simplement une preuve d'incompatibilité? Je n'y crois pas.

Pourquoi ne revient-elle pas, cette muse qui a si foi en moi?

jeudi 6 mars 2008

Quand le look prend le dessus sur la musique

Ayant été saisie par la musique garage punk aux tonalités rétro du groupe suédois The Hives depuis Veni vidi vicious, je me devais d’assister à leur spectacle au Métropolis le 4 mars dernier. Avec The Donnas en première partie, groupe rock féminin qui a conquis mon attitude d’adolescente « rebelle » au début des années 2000, la soirée allait raviver de bons souvenirs musicaux… des souvenirs qu'il serait préférable de garder dans le passé.

C’est avec déception que je me suis absentée de la prestation de The Donnas, faute d’une réticence à se présenter trop tôt. Ainsi, à notre arrivée, la salle était pleine à craquer. La fébrilité se fait sentir. C’est en tentant désespérément de s’infiltrer dans la foule que l’anticipation de l’événement a perdu l’essence de son excitation.


Le design de la scène était très tendance : du néon rouge qui affichait le nom du groupe au smoking noir et blanc des années 60, le caractère rétro du rockabilly battait de son plein. Toutefois, le fashion n’a pas réussit à dissimuler le son médiocre des instruments qui enterraient la voix de Pelle Almqvist de sorte à la rendre désagréablement cacophonique. Seulement les hits tels Walk idiot walk et Hate to say I told you so ainsi que des chansons plus poignantes du nouvel album telles Tick tick boom, Hey little world et la criante Won’t be long sonnaient clairement.


Même si la prétention fait partie de chacun des personnages de The Hives, elle était dérangeante mardi soir. L’abus d’un lancement de baguettes à toutes les deux chansons l’était aussi. Ce qui m’a davantage troublé, c’est le parallèle instauré par la lecture d’un article dans Nylon il y a quelques mois. Ce dernier relatait le témoignage du groupe sur sa difficulté à percer dans l’industrie depuis la sortie de Black and white; que l’intention de l’album avait été incomprise, malgré un processus de création longuement réfléchi. Alors quand Pelle Almqvist clame à la fin du spectacle : « From the beat of our hot music, we can’t go on », je me sens trahie.


I don’t heart the music of Sweden anymore.

dimanche 2 mars 2008

Danser avec la solitude

Dans le cadre de la 26e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, je me suis présentée à la projection du magnifique premier long métrage de Stéphane Lafleur, Continental, un film sans fusil.

À la suite de la disparition mystérieuse du mari de Lucette (Marie-Ginette Guay), quatre personnages se trouvent dans un quotidien submergé par le désespoir, la solitude et l’attente d’un jour meilleur qui saura placer sur leur chemin une âme sœur. Alors que l’absence de son mari pousse Lucette dans un état de folie, Louis (Réal Bossé) tente malencontreusement de réussir dans son nouvel emploi et de maintenir une relation de couple saine, Chantal (Fanny Mallette) survit au célibat en se laissant des messages imaginaires sur sa boîte vocale et Marcel (Gilbert Sicotte) échappe aux effets nocifs de sa faillite personnelle en s’appropriant les biens des autres. C’est au moment où la tristesse de chacun se croisera que la faible lueur de bonheur tant recherchée se manifestera.


Continental
est sans aucun doute le film d’auteur québécois le plus révélateur de 2007 (je me retiens pour ne pas dire 2008, puisque j’anticipe Incendies de Denis Villeneuve). Dès les premières séquences du long métrage, chaque personnage est peint dans son environnement respectif, univers qui s’avère révélateur quant au caractère de chacun. La direction photo de Sara Mishara est d’une sobriété purement magnifique. Les plans sont très léchés, épurés : le cadre s’installe, reste fixe et attend simplement que les personnages prennent place. L’éclairage accueille ces derniers de sorte à accentuer l’état de solitude dans laquelle ils baignent. Aussi, les couleurs fades aux teintes vertes et beiges évoquent bien le malaise des protagonistes.


Fanny Mallette est bouleversante, voire troublante. Bien qu’elle adopte un rôle similaire à ce qu’elle a fait à maintes reprises auparavant, elle assure son personnage dans tout son pathétisme de sorte à ce que sa solitude dérangeante devient sympathique. Pour sa part, Réal Bossé surprend agréablement. Associé souvent à des rôles loufoques, il sait rendre tout le désespoir et l’instabilité de son personnage. Malgré le caractère particulièrement lourd des protagonistes, Marie Brassard vient déstabiliser la noirceur du récit avec son personnage d’une gêne tout à fait hilarante.


Si Continental est avare en dialogues, c’est que ces derniers s’avèrent singulièrement efficaces quand ils sortent de la bouche des personnages. L’étrangeté du titre de ce film se veut une allégorie au caractère solitaire de la danse traditionnelle. La séquence où le personnage de Lucette s’exécute parmi le groupe de danseurs est non seulement révélateur à ce sujet, mais est surtout d’une beauté poétique qui réussit bizarrement à nous bercer.


Tout le monde finit par trouver son compte dans cette comédie noire qui faire rire jaune.

vendredi 29 février 2008

Le comble du bonheur

Quand tu te lèves un matin et que ta vie bascule
Quand tu as l'impression que tu ne verras jamais la lumière au bout du tunnel
Quand tu décides subitement d'arrêter de sombrer
Quand tu ressens un appel et que tu choisis de faire confiance
Quand tu mets toute ton énergie dans un projet qui devient vital
Quand tu as foi en le destin
Il suffit simplement d'y croire et de se laisser aller

C'est officiel : j'ai été acceptée dans le programme Histoire et esthétique du cinéma à l'Université de Lausanne en Suisse pour la session d'automne 2008, et ce, 3 mois à l'avance. Pourquoi cette réponse précoce? Le dossier à été déposé il y a à peine 3 semaines. S'agit-il d'une procédure formelle? Un coup de cœur? L'impact d'une certaine lettre?... Peu importe.

En cette belle journée ensoleillée, je flotte sur un nuage. Je me sens légère. Mon sourire est figé. Je vis le comble du bonheur.

Somewhere, over the rainbow

Je suis essoufflée. La mi-session n’a pas été de tout repos. Malgré tout, je n’ai jamais été aussi zen de toute ma vie. Reste à voir d’ici quelques semaines si ça aura généré du positif. Je crois que c’est l’arc-en-ciel de Radiohead qui m’a sauvé de tout ce stress vicieux. La voix mélancolique de Yorke dirigée par les douces mélodies parsemées de tonalités électro a su maintenir ma concentration didactique, tout en laissant une embrasure à l’évasion imaginaire.

Ce matin signe enfin un répit pour terminer Dans le café de la jeunesse perdue, prendre le temps d’aller au magasin de disques, rattraper mon retard quant au visionnement de certains films cultes, écouter les épisodes délaissés la télé-série kitsch que j’adore, me consacrer à l’animation d’un projet multimédia ainsi qu’à la pré-production d’un projet vidéo.

mardi 26 février 2008

Plus tard, quand je serai grande, je serai…

Dans le cadre de la 26e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, j’ai assisté à une conférence donnée par six producteurs (Luc Déry, Kim McCraw, Sylvain Corbeil, Paul Barbeau, Pierre Even et Réal Chabot) sur l’avenir et les enjeux du métier de producteur. En prenant place dans le bistro SAQ, je me suis dit : « Moi, quand je serai grande, je serai productrice ». Quand je suis sortie j’étais toujours convaincue que je serai.

Même si le débat m’a laissé sur ma faim (s’il en avait un), j’étais heureuse d’apprendre que malgré la situation difficile du marché cinématographique québécois, en ce qui a trait particulièrement au financement, il est toujours possible de trouver son compte dans le domaine et surtout, arriver à mettre en images ce en quoi nous avons foi. Les propos de Pierre Even (C.R.A.Z.Y., Nitro) étaient éloquents à ce sujet. Ce que le cinéma québécois a besoin, c’est une notoriété internationale. L’industrie cinématographique a connu (et connaît toujours) l’invasion américaine, il y a ensuite eu la vague du cinéma français, puis la marginalité du cinéma danois et j’en passe. À quand la reconnaissance d’une signature québécoise?

J’ai ensuite assisté (enfin!) à la projection de Continental, un film sans fusil. Je n’en parlerai pas puisqu’une critique sera publiée sous peu. Je ne peux toutefois me retenir sur un commentaire : il s’agit définitivement, selon moi, du meilleur film de l’année 2007, toutes catégories confondues. Stéphane Lafleur était présent après le visionnement pour répondre aux questions du public. Il est d’une humilité inspirante. Ce réalisateur sensible représente définitivement l’essence de la nouvelle génération de cinéastes québécois.

J’ai récemment lu un article dans Voir Estrie, une entrevue avec Yves-Christian Fournier, réalisateur de Tout est parfait. Il soulignait justement cette nouvelle effervescence cinématographique. Il concluait ses propos en disant : « Mon rêve, c’est de pouvoir faire partie d’une époque d’or du cinéma québécois, qu’il y ait une synergie entre les réalisateurs, comme à l’époque de Gilles Groulx. » Avec Falardeau, Villeneuve et Turpin en tête, chaperonnés par Stéphane Lafleur, Sébastien Rose, Louis Bélanger et Maxime Giroux, j’ai l’impression que le souhait de Fournier se concrétisera.

Comme le disait Paul Barbeau, président de la maison de production Núfilms : « Tu veux faire un film, fais-le! Un projet pilote te passionne, produis-le! ». La série de courts métrages à laquelle je me suis présentée par la suite s’est avérée la preuve de cette conviction. Des films tels Mordu de Lucie Pagé (direction photo renversante et récit narratif poétique touchant) ainsi que Dust Bowl Ha! Ha! de Sébastien Pilote (œuvre magnifique et bouleversante dans sa simplicité, aussi gagnant du meilleur court métrage de fiction dans le cadre des RVCQ) démontrent que la relève n’a pas terminé de grandir et surtout, d’avoir un impact révélateur sur l’industrie.

dimanche 24 février 2008

Bonnie & Clyde

J’ai fait mon sac et j’suis partie. Au diable les travaux de mi-session! Au diable l’emploi merdique à temps-partiel! Au diable les règles du quotidien auxquelles on doit se soumettre! Ce qui devait être un aller-retour, le temps que tout s’envole au moment même de le vivre, s’est avéré un exil de quatre jours.

Après deux jours à courir contre la montre, presque essoufflé de vivre le plus de rencontres artistiques possible, la paresse s’est vite installée. On laisse tomber la conférence qui aurait apporté à une certaine démarche intellectuelle, on s’absente du concert tant attendu depuis quelques mois et on part en cavale.

Le cliché s’est imposé : chambre de motel, bordel, abolition de l’horaire, désir, passion. Fuite? Who cares, the world is ours! Se croire philosophe, changer la vision du monde, remédier à une faille de l’enfance, ignorer le doute, foncer, projeter avec prudence sans toutefois s’empêcher de rêver.

« Retourner dans le passé pour vivre un présent illusoire », disait Elle. Moi je n’y crois pas. J’ai décidé de vivre un présent qui saura influencer un futur de sorte à ne pas rester emprisonné d’un passé déjà volatilisé, peu importe ce que ce dernier comportait.

Un exil où la culpabilité représente l’inexistence, où l’on apprend, où l’on vit, où le bien-être et le bonheur sont bien plus significatifs et sincères que se démener devant une machine pour un travail duquel la satisfaction retirée, aussi éphémère soit-elle, se retrouvera sur un papier et ne vaudra plus rien demain.

Il ne s’agit pas d’un road movie des années 60 où l’on se prétend gangster, mais plutôt d’être fugitif d’une réalité qui nous impose un cadre, l’oppression de plaire, de réussir. I chose otherwise.

I chose to believe
I chose faith

I chose to have the choice